Et si une seule maladie pouvait, à elle seule, perturber le cycle menstruel, favoriser l’acné, compliquer les projets de grossesse et influencer à la fois le poids, l’humeur et le métabolisme ? Loin d’un scénario fictif, cette réalité médicale porte un nom : le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Sous-diagnostiqué depuis longtemps, surtout au Maroc, ce syndrome touche pourtant des millions de femmes à travers le monde et représente aujourd’hui un véritable enjeu de santé féminine.
Un syndrome dans l’ombre
Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) est un trouble hormonal fréquent chez les femmes en âge de procréer. Il se caractérise par un déséquilibre hormonal, des menstruations irrégulières et la formation de kystes ovariens. Les symptômes incluent des règles irrégulières ou absentes, un excès d’androgènes entraînant de l’acné, une chute de cheveux et une pilosité excessive au visage ou sur le corps, ainsi que des difficultés à concevoir en raison d’une ovulation irrégulière. (Continental Hospitals)
Des risques pour les femmes atteintes du syndrome ?
Les personnes atteintes du SOPK sont davantage susceptibles de développer d’autres problèmes de santé, notamment :
- Un diabète de type 2
- Une hypertension artérielle
- Une hypercholestérolémie
- Une cardiopathie
- Un cancer de l’endomètre (cancer de la paroi interne de l’utérus).
Le SOPK en chiffres :
Le syndrome touche environ 6 à 13% des femmes en âge de procréer, et jusqu’à 70% des cas ne sont toujours pas diagnostiqués. Un chiffre alarmant, considérant les risques que porte le syndrome.
Comment diagnostiquer le SOPK ?
Il s’agit majoritairement d’un diagnostic d’élimination dont lequel on retient deux des trois critères de Rotterdam : hyperandrogénie clinique et/ou biologique, menstruations irrégulières (courts ou prolongés), et/ou ovaires polykystiques visibles à l’échographie.
Quels bilans effectuer lors du diagnostic ?
Devant une hyperandrogénie et après élimination d’une grossesse, le bilan biologique à demander comporte : testostéronémie totale, SHBG (sex-hormone binding globuline), TSH, le taux de la 17-hydroxyprogestérone à la recherche d’un syndrome d’hyperplasie congénitale des surrénales, un freinage minute +/- Cortisol libre urinaire de 24h et un dosage du sulfate-DHEA à la recherche d’hypercorticisme. Le dosage de la delta-4-androstènedione s’impose également à la recherche de tumeurs ovariennes ou surrénaliennes. Le dosage de l’AMH (l’hormone antimüllérienne) fait partie du bilan de l’hyperandrogénie. Chez une patiente présentant des signes d’hyperandrogénie, le diagnostic du syndrome des OPK ne peut être retenu qu’après élimination de toutes les causes précitées. Un taux d’AMH élevé réconforte le diagnostic (d’après Pr.HABBADI Zineb)
Quels traitements et prise en charge à suivre pour le SOPK ?
Il faut savoir que le SOPK est une maladie incurable. Cependant, il est possible de contrôler ses symptômes grâce à des mesures et des médicaments généralement peu couteux et bien tolérés. Le régime sain et équilibré ainsi que l’activité physique régulière permettent de réduire l’insulino-résistance et donc réduire les symptômes liés à ce syndrome. La prise de compléments alimentaires peut également aider dans la réduite de l’insulino-résistance. Dans le même sillage, la pilule contraceptive (qui suscite des doutes et des peurs chez les patientes à cause de ses effets secondaires tels les cancers du sein) constitue le traitement de choix pour améliorer les troubles de cycle et l’hyperandrogénie.
Qu’en-est-il au Maroc ?
Une étude menée au service de gynécologie obstétrique de l’Hôpital Militaire de Meknès se focalisant sur le SOPK s’est intéressée à 456 patientes, d’âges allant de 18 ans à 55 ans. Cette étude a montré que le motif de consultation de 37% des patientes était une spanioménorrhée (trouble menstruel caractérisé par l’espacement progressif et anormal des règles, avec des cycles qui s’allongent, souvent au-delà de 35 jours, pouvant aller jusqu’à 6 à 8 semaines ou plus, comme le souligne le Centre de fertilité de Bayonne), 35% une infertilité, 70% une obésité classée stade II, et plus de 28% avaient des troubles du cycle chez les sœurs, chose qui nous met en lumière qu’une simple visite peut mener à un diagnostic imprévu. Malheureusement, peu de données statistiques actualisées sont présentes, mais l’idée est claire : il suffit de faire une consultation pour poser le diagnostic.
Un manque de sensibilisation et de médiatisation au Maroc : Que faire ?
L’idée est présente et marquante : le SOPK devient de plus en plus répandu et mérite plus d’attention par les femmes et les professionnels de santé. Heureusement, de nos jours, les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la mise en lumière de ce sujet qui le mériteamplement. Certes, cette médiatisation commence petit à petit ; d’après une enquête que nous avons réalisé en décembre 2025 auprès des étudiants en science de la santé, il s’avère que 90% trouvent que la sensibilisation sur le SOPK est toujours insuffisante, et plus de 85% leur semble encore tabou d’évoquer les sujets de l’obésité et de l’infertilité en public. Des statistiques inquiétantes, qui font rappel de l’intérêt de l’information et la sensibilisation des femmes marocaines. Nous, nouvelle génération de médecins, sommes dans l’obligation d’ouvrir les yeux sur la problématique. Luttons contre la stigmatisation liée à l’infertilité, l’hyperandrogénie et l’obésité et encourageons la consultation précoce devant tout signe évocateur.