Et si une même maladie pouvait, à elle seule, dérégler le cycle menstruel, favoriser l’acné, compliquer une grossesse, influencer le poids, l’humeur et même le métabolisme? Non, il ne s’agit pas d’un scénario de science-fiction, mais bien d’une réalité médicale : le syndrome des ovaires polykystiques, plus connu sous le nom de SOPK. Longtemps sous-diagnostiqué, parfois banalisé, ce syndrome touche pourtant des millions de femmes à travers le monde.
Parlons d’abord du syndrome en lui-même
Selon Pr.HABBADI Zineb, «ce syndrome est dû à trois types d’anomalies defonctionnement. La première anomalie s’agit d’une hyperandrogénie ; elle est liée à une hyper-sécrétion de l’AMH (l’hormone antimüllérienne), par les ovaires qui sont polykystiques. Cette augmentation de l’AMH va stimuler directement les neurones hypophysaires à GnRH, ce qui va aboutir à une augmentation de LH (l’hormone lutéinisante) suivi d’une diminution de la FSH. En plus, il y’a un autre mécanisme physiopathologique qui s’ajoute à cette hyperandrogénie. Vous allez me poser la question, et si la LH augmente, qu’est-ce qui se passe après ? Elle va stimuler la sécrétion des androgènes par la couche thécale de l’ovaire. Cette hyperandrogénie sera aggravée par l’insulino-résistance, qui aggrave à son tour la sécrétion de LH et qui inhibe la formation de la « sex-hormone-binding-globulin », et on aura des androgènes bioactifslibres. Au final, il y’aura l’hyperandrogénie et la dysovulation (qui est plutôt liée à la diminution de la FSH), ce qui explique les troubles de cycle. »
Mais comment différencier entre le SOPK et les autres syndromes lors du diagnostic ?
En fait, il s’agit d’un diagnostic d’élimination, et afin de diagnostiquer le SOPK en lui-même il y a recours aux critères de Rotterdam, qui sont au nombre de trois et dont on ne retient que deux pour un diagnostic positif :
- Des signes ou des symptômes d’un taux élevé d’androgènes (pilosité faciale ou corporelle indésirable, perte de cheveux sur la tête, acné ou taux élevé de testostérone dans le sang) après avoir exclu d’autres causes
- Des menstruations irrégulières ou inexistantes, après exclusion de toute autre cause
- Des ovaires polykystiques visibles à l’échographie.
- Des analyses de sang peuvent être utilisées pour identifier des changements caractéristiques des niveaux d’hormones, bien que ces changements ne soient pas universels. Les femmes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques peuvent présenter les taux élevés suivants :
- La testostérone (une hormone androgène ovarienne qui a une influence sur la croissance des cheveux) ;
- L’œstrogène (une hormone ovarienne qui stimule la croissance de la muqueuse utérine [endomètre])
- L’hormone lutéinisante [LH, une hormone hypophysaire qui agit sur la production d’hormones par les ovaires et joue un rôle important dans l’ovulation normale]
- L’insuline [une hormone qui intervient principalement dans l’utilisation de l’énergie provenant des aliments]
- L’hormone antimüllérienne [qui mesure le niveau de fertilité des ovaires].
Concernant ce qui suit le diagnostic positif
Ou en d’autres termes, le traitement à suivre, il faut d’abord savoir que le SOPK est incurable.
Mais aucune crainte ! la médecine fournit toujours une solution à toute difficulté. La route à suivre est simple, et souvent tellement entendue qu’on finit par croire que ce n’est qu’une propagande, sauf qu’elle ne l’est pas : il s’agit de l’activité sportive et d’un régime équilibré, qui aidera à réduire l’insulino-résistance. Un conseil que l’on entend très souvent mais qu’on néglige, malgré l’importance qu’il porte. En plus, il y a la prise de la pilule contraceptive, qui ouvre un grand débat parmi les jeunes femmes au Maroc ainsi qu’aux différents coins du monde ; s’agit-elle du traitement le plus efficace pourle SOPK ? Existent-ils des traitements alternatifs ?
Après avoir communiqué avec Pr.HABBADI Zineb, « la pilule agit sur les troubles du cycle et elle a un effet aussi sur l’hyperandrogénie ; elle va avoir un rétrocontrôle négatif sur l’axe hypothalamo-hypophysaire et sur l’axe hypophyso-ovarien. Donc, il y’a une réduction de l’hyperandrogénie en plus d’une action au niveau hépatique : elle augmente la production de la sex-hormone-binding-globuline, et elle va donc se lier aux androgènes et réduire l’activité de ces derniers. »
À part la pilule, qui présente des effets secondaires tels les cancers du sein, il y’a une autre solution qui accompagne le changement du mode de vie et la réduction de l’insulino-résistance : la prise de compléments alimentaires tels l’inositol et la berbérine. Mais attention à ne pas les mélanger ! Avant toute prise, il faut consulter afin de savoir quel complément est le plus compatible.
Puisque le traitement du SOPK parle majoritairement de l’activité sportive et du bon régime alimentaire, on ne peut que se poser les questions suivantes : Est-ce que le SOPK ne touche que les femmes en surpoids ? Et est-il une condamnation à l’infertilité ? Ce sont des questions qui résultent, le plus souvent, au manque de sensibilisation envers ce syndrome. Selon Continent Hospitals, « Bien que l’obésité soit souvent associée au SOPK, cette maladie peut toucher des femmes de toutes morphologies. Les femmes minces peuvent également être atteintes du SOPK, et de fait, beaucoup ne sont pas diagnostiquées, car on pense à tort que le SOPK ne touche que les personnes en surpoids. » Comme on l’a dit précédemment, le SOPK est caractérisé principalement par des déséquilibres hormonaux, qui sont susceptibles d’atteindre n’importe qui à n’importe quel âge, et c’est pour cela qu’il est nécessaire de rester à l’alerte et bien faire attention à ses cycles et son alimentation. En plus, Continent Hospitals cite en ce qui concerne l’infertilité : « Bien que le SOPK soit l’une des principales causes d’infertilité féminine due à une ovulation irrégulière ou absente, toutes les femmes atteintes du SOPK ne sont pas infertiles. Avec une prise en charge adaptée, incluant des changements de mode de vie, des médicaments et des traitements de fertilité si nécessaire, de nombreuses femmes atteintes du SOPK peuvent concevoir et mener une grossesse à terme. »
Parlons maintenant de plus en plus localement
Après avoir constaté plusieurs marocaines parler du SOPK sur les réseaux sociaux, ceci mène à une question pertinente : est-ce que le syndrome est suffisamment connu et médiatisé au Maroc ? C’est un point auquel il faut bien refléter. N’importe où on va, surtout en tant que femmes, on ne peut que recevoir ce rappel alarmant que les sujets d’infertilité et d’obésité demeurent tabous entre nous, malgré qu’ils soient purement reliés à la santé et hors du contrôle de celles qui en souffrent. Avec la présence marquante des femmes dans les réseaux sociaux qui parlent de ces sujets mêmes, il semble que leur prohibition diminue avec le temps, mais il reste nécessaire d’avoir la conviction que ces sujets considérés tabous sont loin de l’être et méritent d’être mis en lumière, quelle que soit la personne avec qui on communique, et que l’aide auprès du service médical sera toujours présente sans aucun jugement.
Remerciements
Nous tenons à remercier chaleureusement Pr. HABBADI Zineb pour sa disponibilité et pour les informations précieuses qu’elle nous a apportées, ayant grandement contribué à la compréhension du syndrome des ovaires polykystiques.